Anna de Noailles

Anna de Noailles

 

 

Anna de Noailles et les bords du Léman

La beauté d’un lac, la sociabilité d’une époque, l’éveil d’une sensibilité, participent à une atmosphère qu’éclaire l’écriture de Marie-Victoire Nantet. Elle est empreinte d’émotion et de justesse.
Anna de Noailles eut de nombreux amants et amis. Pour ne citer que quelques noms célèbres, Jean Cocteau, Maurice Barrès. Amie de Marcel Proust, André Gide, Anatole France, Paul Valéry, Colette. Tous fréquentaient les bords du Léman.

 

« Nous sommes lancés, inéluctablement, dans le tourbillon de toute réalité, avec pour seul choix d’y consentir. Si sans aucun doute, cela veut dire : traverser un océan sur un frêle esquif, telle est bien notre condition humaine – et il ne serait d’aucun secours de s’imaginer qu’on navigue à la remorque du plus puissant des bateaux à vapeur, vers des destinations inexistantes : notre attention au vent et au temps ne pourraient que s’en trouver diminuée. Plus nous nous plongeons, sans en rien retrancher, dans l’ « exigence du moment », dans l’instant tel qu’il se présente, dans des conditions variables d’un cas à l’autre, au lieu de suivre le fil conducteur de prescriptions, de directives (écrites par l’homme ! ), plus nous sommes, dans nos actes, justement en relation avec le tout, poussés par la force vivante qui relie tout avec tout, et nous aussi. Qu’importe alors si les tâtonnements de notre conscience sont entachés de toutes les erreurs possibles. Si quelqu’un taxe ce comportement d’immoralité, d’arbitraire et de présomption, nous serions à plus forte raison autorisés à taxer de confortable incurie morale l’esclavage infantile de celui qui s’en tient au respect des prescriptions ! » Lou Andréas Salomé à Freud

D’origine gréco-romaine, Anna de Noailles est née à Paris, où elle vécut de 1876 jusqu’à sa mort, en 1933. À partir de son premier recueil, Le “Coeur innombrable “(1901), couronné par l’Académie Française, Noailles composa neuf recueils de poèmes, trois romans (dont le savoureux Visage émerveillé, en 1904), un livre combinant histoires courtes et méditations sur les relations hommes-femmes (Les Innocentes, ou La Sagesse des femmes, 1923), un recueil de proses poétiques (Exactitudes, 1930), et une autobiographie couvrant son enfance et son adolescence (Le Livre de ma vie, 1932).

Anna de Noailles fut la seule femme poète de son temps à recevoir les plus hautes distinctions publiques. En dépit de l’oubli partiel auquel elle fut soumise après sa mort, des jugements critiques ultérieurs confirment que cette reconnaissance était méritée. Reflétant la situation de Noailles entre romantisme et modernisme, un écart entre forme et contenu caractérise sa poésie où des concepts et des images dynamiques s’efforcent de dissoudre une structure qui reste largement classique.

En s’engageant dans un dialogue avec son héritage littéraire français tout en trouvant une source d’inspiration dans le paganisme grec et dans la pensée radicale de Nietzsche, Anna de Noailles est parvenue à construire une vision poétique originale. Son œuvre peut être décrite en termes dionysiens – extatique, sensuelle, érotique, ludique, quelquefois violente, et toujours marquée par un courant tragique qui devient plus manifeste vers la fin de sa vie.

Source : annnadenoailles.org

Recueils de poèmes

(par ordre chronologique)

Le coeur innombrable. Paris: Calmann-Lévy, 1901.
L’ombre des jours. Paris: Calmann-Lévy, 1902.
Les éblouissements. Paris: Calmann-Lévy, 1907.
Les vivants et les morts. Paris: Fayard, 1913.
Les forces éternelles. Paris: Fayard, 1920.
Poème de l’amour. Paris: Fayard, 1924.
L’honneur de souffrir. Paris: Bernard Grasset, 1927.
Derniers Vers – Poèmes d’enfance. Paris: Bernard Grasset, 1934.

Recueil “Le cœur innombrable”

Ce premier recueil d’Anna de Noailles est dédié à Victor Hugo. A son commencement, sous le titre du recueil, se trouvent deux vers d’un poème des Chants du crépuscule du grand auteur du XIXe siècle :

“Murmurer ici-bas quelques commencements
Des choses infinies… “

Le recueil se partage en six parties, avec un nombre très inégal de poèmes regroupés. La première partie comporte plus de la moitié des textes et semble la plus importante. Elle commence par cette citation qui indique finalement le thème principal du recueil :
“Ô monde, tout ce que tu m’apportes est
pour moi un bien!” (Marc-Aurèle)
Ce thème semble repris dans la quatrième partie avec cette citation :
“Ici encore, le fleuve coule entre les rives
herbues, c’est le bocage de l’amour.” (Anthologie grecque)
La seconde partie fait référence à l’antiquité :
“L’antiquité est la jeunesse du monde.” (Taine]
Les autres parties abordent des thèmes plus larges de la condition humaine :
“Nostre raison qui préside au courage.” (Ronsard)
“Ô mes humains, consolons-nous les uns les autres!” (Jules Laforgue)
“Tandis que nous vivons dans la
peine ou dans la joie, le temps vole
ou se précipite.
Ô race humaine entraînée vers la
tombe et là réduite en poussière!” (Anthologie grecque)