Leonard Cohen, auteur compositeur interprète, poète, musicien et peintre canadien.  L’homme qui aimait les femmes …
  

Une des légendes vivantes de la musique de ces cinquante dernières années. Pour moi, un grand poète … Dans tous ses travaux, Leonard Cohen reprend souvent les mêmes thèmes : l’amour-passion, la religion, la solitude, la sexualité et la complexité des relations interpersonnelles. Leonard Cohen assume sa dépression chronique depuis longtemps et ne se l’est jamais cachée ni ne l’a jamais cachée, allant jusqu’à en parler aux journalistes rassemblés à l’occasion de la conférence de presse sur son album Old Ideas.

 
Biographie : 
Leonard Norman Cohen est un poète, romancier et auteur-compositeur-interprète canadien (québécois) anglophone. Leonard Cohen est né à Westmount, un quartier riche et anglophone de Montréal, d’une famille juive russo-polonaise le 21 septembre 1934 et mort à Los Angeles, le 7 novembre 2016. Il est très tôt passionné par la littérature et la poésie. A 17 ans il entreprend des études d’histoire à l’université de Mc Gill, tout en écrivant ses premiers poèmes. Parallèlement il s’intéresse déjà à la musique et il participe à la formation d’un trio de country-musique et de folk « Les Buckskin Boys« .  En 1956, il publie un premier recueil de poèmes « Let Us Compare Mythologie « .
 
En 1959, avec l’aide d’une bourse qui lui est allouée par les affaires culturelles du gouvernement canadien, Leonard Cohen se rend en Europe. Il séjourne quelques temps à Londres, puis en Grèce où il loue une maison sur l’île d’Hydra. C’est à Hydra où il va finalement séjourner 7 ans que Leonard Cohen écrit  » Flowers for Hitler » un recueil de poèmes très controversé qui paraît en 1964. Il publie aussi deux romans : » The Favorite Game  » en 1963 et « Beautiful Losers » en 1966. Puis il s’installe aux États-Unis et commence à chanter dans des festivals folk.
 
En 1966, Judy Collins fit de sa chanson «  Suzanne  » un hit. En 1984 sort « Various Positions »,  un album très spirituel qui contient le célèbre « Hallelujah » réinventé par Jeff Buckley ; il publie un recueil de psaumes « Le Livre De Miséricorde« . Leonard Cohen décide de se rendre à Nashville pour tenter d’enregistrer un album de country-western. En chemin il fait halte à New York où il découvre Joan Baez, Bob Dylan, Phil Ochs, Joni Mitchell et Tim Buckley. Il se met alors à fréquenter Greenwich Village où il tente de placer ses chansons auprès des artistes de la scène folk et c’est ainsi qu’il rencontre Judy Collins. « J’ai rencontré Judy Collins à New York un certain moment et j’ai joué quelques chansons pour elle et elle m’a dit qu’elle n’aime pas exactement … elle aime ce que je fais mais si j’ai quelque chose dans l’avenir… Quand j’ai terminé Suzanne je lui ai téléphoné de Montréal et je lui ai chanté cette chanson … elle a dit qu’elle voulait l’enregistrer et elle m’a aidé beaucoup ». SourceReal Audio
 
La version de Suzanne qui figure sur l’album In My Life de Judy Collins permet à Leonard Cohen de se faire un petit nom sur la scène new-yorkaise. Il rencontre ainsi Allen Ginsberg et Andy Warhol, ainsi que des musiciens comme Lou Reed, Jakson Brown et Nico. Il fait aussi la connaissance du producteur et découvreur de talent John Hammond qui l’aide à signer chez C.B.S., la maison de disque de Bob Dylan. Un premier album, Songs Of Leonard Cohen paraît en janvier 68. Pour les Américains, Songs of Leonard Cohen n’est que l’œuvre d’un auteur relativement connu qui veut prouver qu’il sait aussi écrire des chansons. Pour les Européens c’est une découverte totale puisque aucun de ses livres n’a encore été traduit. L’album parfaitement maîtrisé pour une première œuvre est une suite de classiques, de Suzanne à So Long Marianne en passant bien sûr par Sisters Of Mercy.
 
Leonard Cohen est à la mode et sa maison de disques le presse de réaliser un second album, il choisit de le faire à Nashville qui est, rappelons-le, le but initial de son passage à New York, et c’est Bob Johnston qui a déjà à son actif des albums de Simon et Garfunkel, Johnny Cash et Bob Dylan qui est chargé de la production. Le résultat: Songs From A Room qui est publié en avril 69. Le premier album de Leonard Cohen a reçu un accueil enthousiaste en Europe où des chansons comme Suzanne, Sisters Of Mercy et So Long Marianne sont mises au rang de classique. Un an plus tard, Songs From A Room, son deuxième album qui s’ouvre sur Bird On A Wire ne déçoit pas. Cohen y aborde des problèmes comme la religion, l’histoire, l’engagement politique à coté du suicide et de la drogue. C’est un énorme succès en Angleterre où l’album se classe N°2 ainsi que dans les pays francophones où l’on s’attarde sur sa version bilingue de la Chanson du Partisan d’Anna Marly.
 
En 2006, Léonard Cohen fait paraître un nouveau recueil de poésies, « Book of Longing » et « Blue Aler « , quo-écrit avec Anjani Thomas. Parallèlement, le documentaire Leonard Cohen : «  I’m Your Man  » sort en salle.On le sait, Leonard Cohen est un adepte du bouddhisme zen qu’il a pratiqué de longue date avec son ami et professeur Sasaki Roshi, une moine Japonais âgé de 90 ans. Entre 1994 et 1996, Leonard Cohen passe l’essentiel de son temps à méditer au centre zen du Mont Baldy en plein désert californien avant de franchir le pas et d’être ordonné officiellement moine bouddhiste le 9 août 96 sous le nom de Jikan, ce qui signifie « le silencieux« . Pour tous ses fans la question est de savoir si depuis sa retraite monacale du Mont Baldy, Jikan-Cohen éprouve encore le besoin d’écrire des chansons et de les faire partager au monde. Il semble bien que oui. En attendant ses nouvelles créations, Sony a publié More Best Of, un portrait de l’artiste recoupant la seconde partie de sa carrière et recoupant ses morceaux clés de ses 4 derniers albums. En prime 2 inédits The Great Event et Never Any Good.
Lorsque l’on évoque Leonard Cohen, le monde se partage immédiatement en deux camps : les contre, les indifférents, ceux qui le trouvent triste et barbant, rasant, et les pour, les admirateurs, ceux qui voient en lui un grand auteur-compositeur, un spécimen unique dans l’histoire du rock. Mais dans un cas comme dans l’autre, Léonard Cohen ne laisse personne indifférent, ce qui est sans doute la marque de son immense talent. Un talent dont la parution du CD More Best Of, un portrait de l’artiste couvrant les années 84 à 97 permet une nouvelle fois de mesurer toute l’étendue. « Quand j’étais jeune j’ai commencé à lire vraiment avec les romanciers français comme Camus et Sartre comme tout le monde ! Je lis très peu de poésie maintenant, mais j’étais très influencé par quelques poètes. Parmi eux Federico Garcia Lorca, le grand poète espagnol, William Butler Yeats, le poète irlandais et… la Bible, les poésies de la Bible, beaucoup. »
« J’aimais bien toutes les oeuvres de Segovia et les guitaristes flamenco, les folkloriques portugais, les fados, toutes les chansons du Moyen-Est et naturellement les musiques pop dans les juke-box de tous les cafés de Montréal. »  SourceReal Audio
 

Le naturel revient vite quand on s’appelle Leonard Cohen. « Je suis cette chose qui a besoin de chanter », résume un de ses poèmes. Il retourne en studio. Prouve en 2012 qu’on peut faire de nouveaux prodiges avec des « Old Ideas ». Souffle ses 80 bougies avec « Popular Problems » en 2014. Envisage alors en rigolant une suite composée « Unpopular Solutions ». En 2016, nous y sommes, cette suite s’appelle «You Want It Darker», et c’est un monument qui vous saisit comme le « Blackstar » de Bowie, qui vous fait frissonner l’âme comme une liturgie orthodoxe. Un chef-d’œuvre au noir où, tel l’empereur Hadrien de Yourcenar, le poète de « Closing Time » semble chercher à «entrer dans la mort les yeux ouverts».

« Je suis une lumière qui passe / C’est un au revoir / (…) Je suis en retard / Ils ferment le bar », raconte élégamment Cohen sur une ballade qui rappelle « Dance me to the end of love ». « Je quitte la table / Je suis sorti du jeu » confirme sa voix d’outre-tombe dans « Leaving the table », sur le rythme à trois temps qui rendait « Take this Waltz » irrésistible.

 Leonard Cohen : « J’aime bien la Californie parce que c’est la fin du monde, de l’essence de l’apocalypse, même le tremblement de terre, la société à même dans une condition de déchiré, même le paysage mental est dans un état d’explosion. »  Beaucoup d’artistes ont chanté Cohen sur disque ou sur scène tel que Neil Diamont, Diana Ross, Joan Baez, Joe Cocker, Bob Dylan ou plus récemment le regretté Jeff Buckley. On se souvient aussi en 1987 de Famous Blue Raincoat, un album de Jennifer Warnes entièrement consacré aux chansons de Leonard Cohen. De I’Am Your Fan en 91 et de Tower Of Songs en 95, hommage de la scène alternative, de la pop, du rock de la country au grand homme de Montréal. Toutes ces initiatives font de Leonard Cohen, ce pessimiste dans l’âme, ce personnage énigmatique et charmeur, un artiste aujourd’hui unanimement reconnu et respecté. Elles sont aussi une preuve de l’immense talent d’écriture de celui qu’on à appelé un jour « le dépressif non chimique le plus puissant du monde ».

 

Chanter, est-ce apprendre à mourir ?

 
Leonard Cohen, poète zen

 

Bob Dylan a dit que les chansons de Cohen ressemblaient de plus en plus à des prières. Là, ce sont des prières qui mériteraient bien un prix Nobel. Il n’est plus question de prendre Manhattan, ni Berlin, ni rien du tout. Plus question de la démocratie qui vient aux Etats-Unis, ni de faire rimer « Leonard » avec « lazy bastard ». La politique et l’humour se font tout petits dans la pénombre. Il s’agit d’être, d’ »être prêt », « vidé de l’abcès » d’être quelqu’un, comme dit Michaux, dépouillé de ses illusions comme Moïse face au Créateur: « Hineni, Hineni, I’m ready my Lord », psalmodie désormais ce grand lecteur du «Zohar» et de Lorca. Son indispensable « Livre du désir » nous avait bien prévenus qu’avec « l’ardent désir d’Ordre » qui revient de tous les côtés, « la tristesse du zoo va s’abattre sur la société ». Cohen n’attend plus de miracle. A un âge où «la douleur devient plus réelle que soi», il sait qu’il est trop tard pour tendre l’autre joue : ce qui «sonnait comme la vérité» n’est pas «la vérité aujourd’hui», dit la sublime « It Seemed The Better Way », qui nous file la chair de poule en imitant le murmure obsédant du « Chant des partisans ».

 
Ma vie avec Leonard Cohen, par Dominique Issermann

Même le temps des « Suzanne » paraît révolu chez cet incorrigible «ladies’ man». Il a écrit une dernière lettre à sa chère Marianne, quand elle l’a précédé dans le grand voyage qui nous attend tous : Voici venu le temps où nous sommes vraiment si vieux que nos corps partent en morceaux, et je crois que je vais te suivre très bientôt. « Sache que je suis si près derrière toi qu’en tendant ta main, tu peux toucher la mienne ». Si le désir pointe encore son nez sur « On the Level », réchauffé par des chœurs féminins,  un gospel comme seul Cohen sait en greffer sur ses mélodies :
« Je me suis battu contre la tentation
Mais je ne voulais pas gagner. »

 

Who by fire (Traduction de Graeme Allwright)

«Qui par le feu ? Qui par l’eau ?
Qui au grand soleil ? Qui dans la nuit ?
Qui par grand épreuve ? Qui par jugement ?
Qui en ton joli, joli mois de mai ?Qui par lente déchéance ?Et qui appelle, le dirais-je ? […]
Qui par courageuse montée ? Qui par accident ?
Qui en solitude ? Qui en ce miroir ?
Qui sur l’ordre de son amie ? Qui de sa propre main ?
Qui en des chaînes mortelles ? Qui au pouvoir ?
Et qui appelle, le dirais-je ?»

Prends cette valse

« Take This Waltz » est une chanson initialement publiée en hommage à Federico García Lorca

 

Now in Vienna there’s ten pretty women
A Vienne il y a dix jolies femmes
There’s a shoulder where Death comes to cry
Il y a une épaule où la mort va gémir
There’s a lobby with nine hundred windows
Il y a un promenoir avec neuf cents fenêtres
There’s a tree where the doves go to die
Il y a un arbre où les colombes vont mourir
There’s a piece that was torn from the morning
Il y a un morceau déchiré du matin
And it hangs in the Gallery of Frost
Qui pend dans la Galerie du Gel
Ay, Ay, Ay, Ay
Aïe, aïe, aïe, aïe
Take this waltz, take this waltz
Prends cette valse, prends cette valse
Take this waltz with the clamp on its jaws
Prends cette valse aux mâchoires serrées
 
Avant d’être compositeur ou chanteur, Leonard Cohen est un poète, universel, lumineux et sincère. Abondamment illustré par l’auteur lui-même, ce volume rassemble plus de deux cents poèmes d’humour, d’amour et de désir. En vers comme en prose, l’artiste dit, entre gravité et autodérision, la solitude, l’angoisse de la mort, l’envie d’absolu. Chaque mot est une question et chaque question est une quête, celle du bonheur et de l’harmonie.
Ses chansons ont connu un succès planétaire. C’est également un poète reconnu, adepte de la philosophie bouddhiste. La traduction en français a été revue par Leonard Cohen, dont c’est l’une des langues maternelles. Un recueil de poèmes inédits va être publié en 2018.

Leonard Cohen avait mis la touche finale quelques jours avant sa mort, le 7 novembre 2016. Ses derniers poèmes vont être publiés l’an prochain, a annoncé vendredi soir son ancien manager. Intitulé «The Flame» (la flamme), le recueil rassemblera des poèmes non publiés de Leonard Cohen, ainsi que des textes en prose, les illustrations et les textes de ses trois derniers albums.

« The Flame » révèle à tous l’intensité de son feu intérieur, a expliqué Robert Kory, son ancien manager. « Durant les derniers mois de sa vie, il avait un objectif singulier: achever ce livre composé largement de ses poèmes non publiés et d’extraits de ses carnets de notes« , explique Robert Kory dans un communiqué. « La flamme et la manière dont notre culture la menace d’extinction était une préoccupation centrale pour lui« , ajoute-t-il. Le livre, quo-édité aux États-Unis, Canada et Grande-Bretagne, paraîtra en octobre 2018.

Dédié à Léonard Cohen

On a des frères, on a des sœurs, et des amis que l’on croit éternels
On a des chansons, des bruits, des rires de cours d’école
Des odeurs de quatre heures au chocolat
L’émerveillement d’un premier Noël
Des goûts de fête
Et des années mêlées à nos années

On a ces peurs au ventre des jours d’examen
Tous ces vieux rhumes et ces matins chagrins où l’on appelait maman
Ce vieux grand-père qui ronronnait dans son fauteuil
Un journal sur ses genoux mais les yeux fixés sur sa grande guerre
On a leurs voix et leurs rengaines, les ritournelles d’un temps d’ailleurs
Le souvenir amer de ces ‘braves gens’ qui ne nous aimaient pas
On a toutes ces misères et les galères où l’on regardait l’avenir de travers

On a ces temps d’espoir et la voix de Léonard qui nous chantait Suzanne
Et celle qui nous emmenait faire un tour avant de nous faire verser des larmes
On a les mots qui partent sans un adieu et des visages que l’on gomme d’un agenda
On a ses joies, on a ses peines, et le pas cassé à chercher sa voie

On a des frères, on a des sœurs et des amis que l’on croyait éternels
On a des chansons, des bruits, des rires de cours d’école
Et des partis sans laisser d’adresse
Qui surnagent d’un naufrage mémoire où les amitiés s’oublient
On a des regrets et des amours qui ne veulent pas mourir
On a grand-père et ses cachous, cloué au lit, qui nous disait « Reviens me voir »

On a le temps qui va, Léonard et les heures qui partent
Loin des odeurs de quatre heures au chocolat
On a des petits enfants à qui l’on dit : « Reviens me voir… ».

JEAN-MICHEL SANANES

http://chevalfou.over-blog.net/

 

 

Sélection de liens :
Télérama Hallelujah pour Leonard Cohen – Publié le 11/11/2016.
Le Monde : Trois chansons de Leonard Cohen pour l’éternité